Billet que certaines personnes ne pourront pas lire
Le temps de lire, comme le temps d’aimer, dilatent le temps de vivre. (Comme un roman, Daniel Pennac)
Tout récemment, deux publicités à la télévision m’ont replongé presque vingt ans en arrière. Combien de petits moments de bonheur ai-je connus avec Félix et Antoine autour des livres? Ils étaient en plastique ou en carton très épais d’abord, plus illustrés que narratifs, puis ce furent de courtes histoires, de nombreux albums et évidemment, il y a eu la série des Harry Potter. On lisait couchés par terre, dans le bain, à la veille du coucher ou lors de voyages en voiture. Sans en faire une stratégie, il y avait des livres, des revues ou des journaux qui traînaient partout chez nous. Notre univers était fait de jeux, de bouffe, d’écrans et de livres.
En pédagogie, on dit qu’il y a les stratégies, qu’on utilise très consciemment, pour s’améliorer, jusqu’à devenir habile. On parle également d’habiletés lorsque le geste est devenu un automatisme. Chez nous, quand les garçons étaient petits, laisser des livres traîner partout, aller à la bibliothèque à tous les mois pour y lire, choisir et emprunter des livres, en fait, c’étaient des comportements habiles plutôt que des stratégies!
Bien sûr avec la télévision et le cinéma, de nombreuses histoires sont accessibles à tous. Loin de moi de vouloir blâmer ceux qui n’aiment pas ou qui font le choix de ne pas lire. Quel vide toutefois pour ceux qui ne maîtrisent pas la lecture.
Jamais ils ne se trouveront par l’esprit…
… à l’époque de la construction des cathédrales en Angleterre au XIIe siècle (Les Piliers de la terre, Ken Follet);
… dans un canot de sauvetage sur la mer en compagnie d’un tigre du Bengale (L’Histoire de Pi, Yan Martel);
… Jamais ils ne pleureront à chaudes larmes en tournant la dernière page de cette rencontre étonnante avec la concierge d’un immeuble de Paris (L’Élégance du Hérisson, Muriel Barbery)…
Lire c’est communiquer par la pensée avec d’autres gens qui ont écrit récemment ou à une époque lointaine, près d’ici ou dans des endroits où nous ne sommes jamais allés. Lire c’est voyager dans le temps et dans l’imagination. C’est surtout élargir sa vision des choses. Avant d’élire nos dirigeants sur la base de leur « performance » dans des débats ou même de leur apparence, ne devrions-nous pas connaître leurs goûts de lecture et les livres qui ont marqué leur réflexion?
« Les États-Unis connaîtraient un déclin important de lecteurs. Une étude menée par le Pew Research Center révèle qu’environ un Américain sur quatre n’a lu aucun livre dans la dernière année, livres audio, papier et virtuel confondus. Le nombre de non-lecteurs aurait aussi triplé depuis la fin des années 70. » (Extrait de l’émission Médium Large à Ici Radio-Canada Première – mercredi 29 janvier 2014).
L’écoute de ce segment d’émission m’a foudroyée littéralement; je vous en recommande l’écoute chaleureusement! 18 minutes éclairantes. D’une part, la statistique elle-même est énorme: un américain sur quatre???!!! Dieu merci, ce sont les États-Unis… Mais chez nous, au Québec, ce n’est pas vraiment mieux: on recense plus de 40% d’analphabètes fonctionnels… Comme un besoin urgent d’aller au-delà de l’impression de malaise qui s’installe… De dépasser le cliché et les expressions qui ne font que déplorer: « Ça n’a pas d’allure! Faut faire quelque chose! »
Comment se fait-il que le plaisir et les bienfaits de la lecture ne s’impriment pas davantage? On peut chercher des coupables: télévision, réseaux sociaux, paresse intellectuelle et autre « faute à ». On peut décréter, déplorer…
On peut également choisir d’être un « passeur ». C’est Daniel Pennac, dans Gardiens et passeurs, qui définit le mieux ce qu’est un « passeur »:
… »c’est une manière d’être, une immersion dans la vie, quoi qu’il en coûte, la sensation profonde que « le livre » est un élément du vivant, qu’il nourrit la vie et se nourrit d’elle, qu’il est en soi un échange et que nous en sommes les agents. »
Quelqu’un donc, qui donne le goût de lire, qui partage l’envie de plonger dans des univers et d’en imaginer les contours, qui ouvre les portes de mondes qui n’existent que par l’esprit et l’imagination. Quelqu’un qui laisse traîner des livres partout… Quelqu’un qui offre des livres…
Sans la lecture et l’écriture, ma vie aurait été complètement différente. Je peux facilement associer chaque personne importante pour moi à des livres, des lettres ou des courriels. Pour moi, donner un livre, c’est imaginer le plaisir qu’un être cher pourra « vivre » dans un monde et un temps que je lui aurai choisi. Imaginez alors mon plaisir de recevoir un livre.
Ce qui me fait penser que je devrais de ce pas m’éloigner de cet ordinateur et retourner aux États-Unis en novembre 1963! (L’Assassinat de John F. Kennedy – Histoire d’un mystère d’État, Thierry Lentz).
Et moi, en Nouvelle Angleterre entre 1975, 1998 et 2008… (je relis La vérité sur l’Affaire Harry Quebert de Joël Dicker).
Yvan et Marie
«Ne partez pas sans lui». Un livre est le compagnon de tout moment. Aussi loin de mes 6 ans, j’ai toujours eu plaisir à lire. Je crois même que j’ai voulu apprendre à lire avant de débuter l’école; histoire de faire bonne impression auprès de mon institutrice. Le goût de la lecture est pour moi le plus bel héritage que mes parents aient pu m’offrir en début de vie. Livres, revues et magazines différents étaient à portée de main, notamment le «National Geographic»; celui qui m’a probablement donné cet intérêt de voyager et de connaître ces endroits si bien illustrés. Sylvie, dite la Voyageuse au regard différent.