Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 1er mai 2016

Temps compressé

(ou Seigneur! Je manque de temps…)

J’avais oublié.

Il faut dire que je ne me suis pas aidé.  Par orgueil ou par fierté ou juste pour ne pas avoir à dire non, j’ai décidé de garder toutes mes activités et implications, pendant cette période d’environ cinq mois où je travaillerai à plein temps.

Ça donne des semaines comme la semaine dernière…

  • Samedi: impôts, choix de mes textes pour l’émission de radio du jeudi suivant, soirée de bowling pour participer à du financement;
  • Dimanche: épicerie, préparation d’une formation pour le début de la semaine, préparation d’un bon souper pour le retour de Marie de son camp musical et d’un potage pour un des souper de cette semaine;
  • Animation de la dite formation lundi, mardi et mercredi;
    • Spinning en fin d’après-midi de lundi, préparation du souper;
    • Audition d’un concert de l’OSM à la maison symphonique mardi;
    • Bénévolat au Garage à musique mercredi en fin d’après-midi, aller chez Julie et Martine pour les ramener à la maison chercher une clef pour qu’elles puissent entrer chez elles (à l’heure qu’il était, ça ne nous tentait plus de faire le souper, on a acheté du vietnamien);
    • Bénévolat à Vues et Voix jeudi jusqu’à 10h30, au travail (là, ce n’est pas du bénévolat) jusqu’à 17h00;
  • Marie étant à un spectacle avec ses sœurs (qui avaient leur clef cette fois-là), faire des saucisses sur le BBQ pour Antoine, Chloé et moi. J’étais crevé, je suis allé au lit vers 21h00;
  • Vendredi, spinning à 6h00, bureau à 8h00, 12h00 rédaction d’un texte pour la fête de retraite d’Hélène pour le lendemain, travail jusque vers 17h, préparation du souper avec Marie (saumon grillé au miso, vraiment superbe), rédaction d’un texte pour la fête de retraite de Carole (heureusement c’est dans la même famille et pour la même soirée) pour le lendemain;
  • Samedi matin rédaction du texte pour le blogue du Pépère à vélo, épicerie ET fête des nouveaux retraités dans ma famille…

Seigneur!… Je relis ce texte et je me dis que vous, lecteurs, allez peut-être vous demander où j’étais et ce que je faisais de ma semaine…

Ça donne ceci:

  • Fin de semaine intensive de camp musical au Centre d’Arts d’Orford avec mon ensemble vocal, horaire chargé du vendredi soir jusqu’au dimanche après-midi 16 heures, ponctué de ce qu’impliquent plusieurs publications sur la page FB de l’ensemble. D’ailleurs, allez-y voir et cliquez sur « J’aime »! C’est le but… Être davantage visibles!

 https://www.facebook.com/Ensemble-vocal-Katimavik-207416546063524/

  • Lundi, mardi et mercredi, début du travail des prochains mois, participation active à la formation donnée par Yvan;
    • Lundi pm, rédaction de publications, toujours pour la page FB de l’ensemble vocal Katimavik – vous l’ai-je dit, le concert approche?!;
    • Mardi pm, choix et préparation des textes qui seront lus à l’émission de radio de jeudi matin;
    • Mardi soir répétition régulière hebdomadaire;
    • Bénévolat au Garage à musique, mercredi pm… (ici, vous pouvez aller plus haut relire le texte d’Yvan, c’est pareil!);
    • Bénévolat à Vues et Voix jeudi matin:
      • Radio, de 8h30 à 10h30 et vérification jusqu’à midi;
      • En pm, commander les gâteaux en vue de la fête familiale des retraités chez les Deslauriers;
      • Lavage en pm;
      • Rendez-vous manqué chez la physio, parce que j’avais mal noté l’heure… Ça, ça m’arrive quand je suis fatiguée…
      • Souper de sœurs et spectacle de Bori au théâtre Outremont en soirée – faut bien continuer d’avoir une vie culturelle riche, non?;
    • Suis passée tout droit vendredi matin: j’ai donc manqué l’activité de spinning à EPIC… Pas grave, me suis reprise en faisant du ménage au rez-de-chaussée chez nous pendant quatre heures;
    • Samedi, décider du menu de la semaine, faire la liste d’épicerie, terminer le ménage à l’étage pendant trois bonnes heures, lire, corriger et compléter les textes de la semaine (celui du blogue, ceux des retraites et quelques autres…).

Ouf! Re-ouf!

Heureusement, les enfants sont maintenant assez grands pour qu’on n’ait pas trop à s’en occuper.  Je dirais moins… Comment faisait-on à l’époque avec les devoirs et leçons, le hockey et les réunions de conseil d’établissement? On faisait comme tout le monde: on manquait de temps ET de sommeil!

Une autre chose que j’avais oubliée… le plaisir des fins de semaine de trois jours.  Ça arrive dans trois semaines…

Yvan et Marie

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 24 avril 2016

Le choix du temps…

Cette fin de semaine, Marie est à son camp musical, avec sa chorale.  L’ensemble vocal Katimavik, dont elle fait partie, met les dernières touches à son concert du début juin.  Chronique en solo cette semaine (attention aux fautes d’orthographe)…Mais non, j’ai un peu de temps libre, tout de même. Pas assez pour rédiger, mais assez pour relire et corriger ce qui dépasse!

Mercredi sera la dernière journée de la carrière d’employée salariée de ma sœur Hélène.  Depuis quelques semaines, elle est la troisième de ma famille à se joindre au groupe des retraités.  En fait, il faut maintenant regarder la situation dans l’autre sens.  Mon frère Denis est le seul cinquantenaire de notre clan à faire encore partie des travailleurs.  Pour que le choc ne soit pas trop grand pour lui, Marie et moi avons accepté, récemment, un contrat de travail pour quelques mois.  Rendus à la fin de l’été, retour à notre vie de rentiers, Denis a donc trois mois pour s’adapter.

Si, à une époque pas si lointaine, la retraite représentait un ralentissement important – presqu’un arrêt – de sa vie active, mon expérience récente (pas du tout représentative, j’en conviens) est tout autre.  Il y a bien sûr ce grand « Ouf! » que l’on peut pousser suite à ce long et exigeant engagement dans un métier ou une profession, un peu comme le coureur de marathon passant le fil d’arrivée.  Puis, quelque temps plus tard, plus court pour certains, à peine plus long pour d’autres, les projets, les idées, les possibilités se présentent.  C’est le temps de choisir comment utiliser le temps.  Même retourner un peu travailler représente davantage un aspect de plaisir que de stricte obligation.

La beauté que ce choix du temps constitue est à la fois enivrant et très déstabilisant.  Pendant souvent plus de 35 ans, notre travail fait partie de notre identité.  C’est même une reconnaissance sociale:  bonjour, je m’appelle X, je travaille à tel endroit et j’y ai telle responsabilité.  Parfois, on peut même ajouter, je suis parent de x nombre d’enfants.  Puis un beau jour, les enfants ne sont plus à la maison et on a fini le travail. Le discours change:  bonjour je m’appelle X. On est devant la porte ouverte de l’avion, le parachute bien en place, avec une peur incontrôlable de sauter dans le vide.  Ceux qui ont déjà fait du parachutisme (pas moi), savent comment cette peur temporaire peut se transformer en extase indescriptible.

Carole, Réjean et maintenant Hélène, vous commencez un nouveau chapitre de votre vie.  Avant de vous lancer dans cette étape stimulante, prenez quelques minutes pour regarder par- dessus votre épaule.  Chacun à votre façon, vous avez amélioré le morceau de monde que vous avez touché.   Grâce à vous, la vie de nombreuses personnes a été favorablement changée.  Vous avez fait une différence.  Vous avez mérité le droit de sourire à la pensée de cette époque, en toute fierté.

Denis devra peut-être bientôt prendre quelques heures de congé, pour venir déjeuner avec nous … en pleine semaine.

Yvan et (un peu) Marie

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 17 avril 2016

Temps continu… qui continue

Tic-tac, tic-tac, tic-tac, l’horloge de sa vie continue son mouvement stable, régulier, heureux.  Ma maman a eu 90 ans hier. Ou si vous préférez, 2 838 240 000 tic-tac.

Je vous l’ai déjà présentée dans ce blogue, il y a cinq ans (https://lepepereavelo.wordpress.com/2011/04/16/agnes-ma-mere/).

Elle nous fait, encore aujourd’hui, le cadeau d’être autour de nous, attentive et attentionnée, de partager les parcours de nos vies, ses enfants, ses petits-enfants et les chums et les blondes des enfants et petits-enfants. Et on se souhaite que ça ne finisse jamais.

C’est émouvant de penser que si le premier de ces tic-tac ne s’était pas produit, il y a 90 ans, je ne serais pas en train de vous écrire et vous ne pourriez pas me lire.

Maman est une belle dame de 90 ans.  Démarche vacillante mais ô combien volontaire, cheveux parsemés et blancs, regard d’une grande douceur et d’une grande présence, ses questions et ses interventions sont aussi importantes que ses silences.  Ma mère a toujours eu le don de l’écoute.  Grâce à ce don, elle permet à la personne qui se trouve devant elle de devenir la plus importante.  Ne lui demandez pas, toutefois, de vous raconter fidèlement ce qu’elle vient d’entendre… Les détails, les lieux et les dates auront un peu changé mais l’essentiel, ce qui compte vraiment, y sera.  Cette mémoire sélective, aussi vacillante que sa démarche, ne date pas d’hier et elle en rit de bon cœur.

En préparant sa fête d’anniversaire, ma sœur Hélène a trouvé cette photo de maman qui date de l’époque où elle n’était pas encore, justement, maman.

 

Maman 25 ans
Pendant quelques instants, j’ai souhaité devenir Marty McFly dans le film Back to the Future et rencontrer ma mère quand elle avait un peu plus de 20 ans.  La guerre venait de se terminer, elle venait peut-être d’arriver à Montréal, elle avait peut-être déjà rencontré mon père, elle était peut-être déjà couturière à Radio-Canada.  Pour écrire ce texte, j’avais pensé vérifier ces informations auprès d’elle mais, compte tenu de sa mémoire des dates et des lieux, j’ai préféré vérifier mes hypothèses avec ses frères et sœurs, présents hier matin, chez elle, lors du déjeuner spécial pour son anniversaire. Tout est exact. De bons souvenirs évoqués. C’était une joie de voir la famille réunie à cette occasion: celle de fabriquer des souvenirs tout en en évoquant de plus anciens.

Maman est la « matriarche » des lecteurs de ce blogue.  Je profite de cet événement pour lui écrire que je l’aime et que je souhaite qu’elle lise ce blogue encore longtemps.

Vous pouvez actuellement l’imaginer, assise bien tranquille, toute discrète, au salon à l’entrée de sa résidence.  Elle s’y rend tous les matins avec sa tablette. Elle profite du réseau pour ouvrir son application de La Presse+ et lire les informations. Elle vérifie ses courriels et, comme tous les dimanches matins, elle clique sur le lien vers ce blogue.

Et ce matin, elle sourit, un peu gênée de toute cette attention sur elle, bien heureuse d’en être tout de même à l’abri…

Joyeux anniversaire maman!

Joyeux Anniversaire Agnès!

Yvan et Marie

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 10 avril 2016

Prolonger le temps

Nous avons déjà évoqué ce livre, qu’Émile, l’ami de Félix, nous a offert à Noël. Un livre coup de cœur (l’expression convient tout à fait). Nous l’avons tous les deux maintenant terminé.

Liens entre la fiction et la réalité.

L’histoire débute par une « presque mort ».  Simon, 20 ans, jeune surfeur plein de vie, subit un accident de voiture. Tout s’arrête brusquement sur une route du Nord de la France, après une session matinale de surf énergique sur des vagues impressionnantes. Bruit assourdissant de l’océan, cris d’exubérance et silence de plomb.

Ainsi commence le livre « Réparer les vivants » de Maylis De Kerangal*. Un récit essoufflant qui se déroule pendant précisément  24 heures, sur la vie, la mort, la mort et la vie.  L’écriture, surprenante, faite de longues phrases qui nous tiennent en haleine, nous plonge dans le tourbillon des actions, des réflexions, de la douleur et de l’avenir de tous les personnages touchés par cette « presque mort ».

Une fois à l’hôpital, les responsables du département des dons d’organes reconnaissent que la vie de Simon est presque terminée mais qu’il pourrait permettre à d’autres de prolonger la leur.  La course contre la montre commence:  trouver les parents, les rencontrer, leur annoncer la nouvelle, leur expliquer les possibilités et les conséquences, les laisser prendre leur décision en leur faisant comprendre l’urgence de la situation, identifier des receveurs compatibles et potentiels, les trouver, leur parler et leur permettre enfin d’envisager autrement leur vie.

C’est un livre choc, qui nous fait vivre la situation du don d’organes à travers les yeux et les réflexions de chacune des personnes touchées par cet événement.  Comme parent, j’ai trouvé cela très difficile à lire.  On réalise brutalement à quel point  il est relativement facile de signer sa carte de dons d’organes, d’en parler à ses proches mais comment, devant la réalité froide, il devient autrement plus difficile de donner son accord aux professionnels pour qu’une personne aimée, particulièrement son enfant, soit offerte, comme des parcelles de vie, à d’autres.  Et à l’issue de ce processus, il y a ceux qui reçoivent ces organes, pour qui la vie a soudain la permission d’avoir un autre futur.

J’ai tout aimé de ce livre: l’écriture vive, soutenue, les personnages plus vrais que nature, leur quotidien et cette part de vie qui dépasse l’ordinaire, dans les circonstances. Tout. Je vous en recommande chaudement la lecture.

J’ai eu la chance, récemment, d’être invitée à l’enregistrement de l’émission Des livres plein les oreilles à Canal M de Vues et Voix, pour parler de lecture avec l’animatrice Clothilde Seille et Yves Nadon, cet enseignant à la retraite, auteur et éditeur que j’aime tant.  On nous demandait de parler d’un livre lu et marquant; j’ai eu, (trop rapidement) à la fin de notre intervention, l’occasion de parler un peu de Réparer les vivants et d’en lire un extrait. Ce sera diffusé jeudi prochain le 14 avril à 12h et en rediffusion à 16h, vendredi le 15 avril à 15h, samedi le 16 avril à 14h et dimanche le 17 avril à 12h.

L’extrait lu, donc:

« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l’unité de son fils? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté? Qu’en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme? Ces questions tournoient autour d’elle comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible, c’est lui. Elle ressent un calme profond. La nuit brûle au-dehors comme un désert de gypse. »

Dans la vraie vie, le Centre de prélèvement d’organes de l’Hôpital Sacré-Cœur, projet-pilote lancé en 2013 sous la direction du docteur Pierre Marsolais, a donné un élan majeur au don d’organes.  Selon Le Devoir, en 2015, le Québec a connu une année sans précédent en matière de dons d’organes, atteignant un record historique de donneurs et de patients transplantés, en hausse de 45 % depuis 2010.

Pourtant, au lieu de confirmer l’apport d’un tel Centre pour notre société, on craint pour sa survie.  Des analyses montreraient qu’il coûterait trop cher.  Dans un article récent de La Presse, on souligne toutefois que chacune des greffes réussie permet d’économiser des sommes importantes en soin de santé mais aussi que chaque vie sauvée est une victoire incommensurable.

La Maison des greffés Lina Cyr est un maillon crucial de ces victoires pour les gens vivant à l’extérieur de Montréal.  Avec une centaine de cyclistes, dont quatre autres membres de l’équipe du Pépère à vélo, je roulerai pour soutenir cette cause les 7 et 8 juillet prochain… Pour participer à ma façon et contribuer à offrir une chance de prolonger le temps, et… réparer les vivants.

Dans une semaine, du 17 au 24 avril 2016, se tiendra  la Semaine nationale du don d’organes et de tissus. Pour visionner plusieurs témoignages touchants de gens greffés ou en attente d’une greffe, c’est par ici!

Yvan et Marie

 * Réparer les vivants, Maylis de Kerangal, Gallimard, Folio, 2014,                                  ISBN: 978-2-07-046236-0

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Des nouvelles du pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 3 avril 2016

Temps gris, très très gris

Mardi dernier, nous revenions de Wells. Après-midi d’alternances: soleil et nuages, chaud et froid, une journée de printemps qui ne sait pas de quel côté virer.  Passés le poste de douane, nous syntonisons la Première chaîne de Radio-Canada.  Réflexe: quand nous revenons au Québec, parfois même avant la frontière, nous revenons à Radio-Canada. Comme si nous avions perdu le fil, après seulement quelques jours dans le Maine, tout de même pas si loin. Comme si Internet ne nous avait pas permis de rester connectés. Comme si cela faisait partie de ce que l’on récupère, comme si cela nous appartenait un peu personnellement.

Étrange sentiment d’appartenance.

Nous apprenons d’abord qu’un avion s’est écrasé aux Îles-de-la-Madeleine. Puis tombe une autre nouvelle, celle du décès de Jean Bissonnette, homme important de la télévision québécoise, connu notamment  pour avoir réalisé « Moi et l’autre » et certains Bye Bye, dont celui de 1970 avec Olivier Guimond.

La nouvelle de l’écrasement d’avion est rappelée quelques fois sur les ondes. Ce qui se passe aux Îles nous touche.  Avec les années, c’est devenu une petite terre d’adoption, un endroit où nous nous sentons un peu comme chez nous (comme Wells d’ailleurs). Encore une fois, comme si ça nous appartenait. À quelques reprises, nous avons habité des maisons situées près de l’aéroport des Îles et nous avons eu le plaisir d’aller y chercher ou y reconduire des gens qui nous sont chers.  On peut visualiser où a eu lieu l’écrasement et imaginer l’organisation des secours.

On poursuit notre chemin, accompagnés par les voix familières d’Annie Desrochers, Ève Christian et Yves Desautels.  Au beau milieu d’un segment, l’animatrice interrompt le chroniqueur et annonce la terrible nouvelle: le nom des victimes de la famille Lapierre et les circonstances de ce voyage.  Coup de poing au ventre. Je me concentre particulièrement sur ma conduite automobile, tout en écoutant les détails funestes de l’événement.  Un autre moment où je pourrai dire ce que je faisais quand la nouvelle est tombée.

Le lendemain, c’est le décès de Bernard Lamarre.  Bernard Lamarre, c’est le pont-tunnel Hyppolyte-Lafontaine, le stade Olympique, la Baie-James, la firme Lavallin. 

Jeudi, Les Rôtisseries St-Hubert sont vendues à une firme de l’Ontario.  Le ciel n’en peut plus, il pleut intensément pendant plusieurs heures.  Grand chagrin de perdre tous ces gens et cette entreprise qui ont marqué mon époque et mon coin de pays.

« Perdre »… Étrange sentiment, dans les circonstances: un peu comme si cela aussi nous appartenait en propre. J’ai décidé de ne pas tenter de trop raisonner ce sentiment de prétendue promiscuité qui m’habite aussi cette semaine. Seule justice ici-bas, la mort surprend, malgré tout et paradoxalement. Elle touche le « nous » en nous.

Dans de telles circonstances, on réagit tous un peu différemment.  Patrick Lagacé, de La Presse, « shoote » des balles à son fils gardien de but. Pour ma part, je marche entre Vues et Voix et le Complexe Guy-Favreau, avec mon faible parapluie comme rempart contre les intempéries. Je penche un peu la tête vers l’avant en essayant d’avancer vers le moment où le ciel s’éclaircira à nouveau.

Mon rempart à moi, sont souvent les mots et la musique. Je vous propose donc cette chanson, que Georges Moustaki a fait connaitre, Les eaux de mars.

Parce que mars n’est pas que le mois des morts…

Yvan et Marie    

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 27 mars 2016

Printemps

J’écris ce billet à Wells, près d’Ogunquit, en regardant la marée qui viendra bientôt chatouiller le muret donnant accès à la plage devant la maison.

Lors des années passées, à plusieurs reprises, nous vivions dans deux petites maisons contiguës, partageant les repas, les jeux, les lectures, ainsi qu’un nombre assez considérable de niaiseries de toutes sortes. 

Cette année, « nos » appartements n’étant pas disponibles (étrange politique de réservations de l’agence de location, qui privilégie les renouvellements aux mêmes dates… La fête de Pâques changeant de date chaque année, faut compter sur la chance…), nous avons trouvé une grande maison, un peu vieillotte, où nous habitons tous, ensemble.  Les fenêtres, magnifiquement omniprésentes, laissent passer, malgré elles, un peu de l’air du large. La poussière a élu résidence un peu partout. L’éclairage des lampes est parfois cru, parfois épars.  Qu’à cela ne tienne, à l’arrivée, notre petite équipe transforme rapidement la maison pour la mettre (un peu plus) à notre goût:  bougies, chauffage d’appoint, produits nettoyants et époussetage, installation dans les chambres, visite à l’épicerie.

Pour Marie et moi (surtout) mais également pour le reste de la famille, ce séjour annuel à Wells a une couleur particulière.  Félix est de retour après quelques années d’absence et il est accompagné d’Émile, son copain, dont c’est le premier séjour avec la famille. S’en remettra-t-il?!   Le premier souper, toujours aussi festif que par le passé, est pour nous une joyeuse célébration de leur présence. Antoine, Chloé, Simon, à quand votre tour ou retour?!

Lendemain matin, en cette journée qui débute avec froid, bruine et un peu de verglas, notre promenade matinale du Vendredi saint devrait en être une d’après-midi…  Les vélos sont dans la remise et ne sortiront probablement pas avant demain.  Notre train-train habituel est bousculé: Pierrette a repris son tricot, Julie et Johanne préparent le repas de ce midi et prennent de l’avance pour ce soir, Martine commence un projet de bricolage (et, malgré de nombreux efforts, n’a pas encore réussi à m’y intéresser!), Marie pratique son chant choral.  Benoit, Félix et Émile sont partis faire quelques courses et explorer les lieux.

Le « vient-et-va » des vagues continue, se poursuit, infatigable. On dirait que la mer, par le mouvement de la marée montante,  subrepticement, veut découvrir qui sont ces gens qui cohabiteront avec elle pour les prochains jours.  C’est ma vingt-cinquième année consécutive de cette tradition « Lalandienne » (la 26e, pour moi).  Le printemps est maintenant commencé…

Joyeuses Pâques!

Yvan et Marie

 

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 20 mars 2016

Temporairement…

5h30, vendredi 18 mars.  Je roule, en voiture, en direction du centre ÉPIC.  Il y a une période de spinning à 6h00.  Pour quelques mois, à cause du prochain recensement de la population, je réintègre le monde des salariés.  Je dois ajuster mon horaire en fonction de cette nouvelle réalité.

C’est toujours un peu délicat de s’intégrer à un nouveau groupe.  Première constatation, il y a beaucoup de monde malgré l’heure très matinale: une quarantaine de personnes pour assister, en pédalant, au lever du soleil.  L’atmosphère est feutrée.  Les gens se connaissent et se parlent un peu en sourdine.  On respecte la quiétude du moment.  Je me glisse discrètement au bout d’une rangée.  Contrairement aux autres activités auxquelles je participe régulièrement, j’observe en silence.  Contrairement aussi à plusieurs autres moments d’entrainement, Marie n’est pas à mes côtés.  Elle n’a pas, pour l’instant, à faire cet ajustement d’horaire.

Ben non, je ne dors plus! Je me prépare, dans le silence que j’aime, à partir pour m’entraîner moi aussi. Trois matins par semaine, je m’extirpe de la tiédeur du lit, je m’habille en mou, je « très-petit-déjeune » et je pars m’entraîner. Cette semaine, je m’applaudis, j’y suis allée toute seule! Yvan étant retourné à une vie qui lui laisse moins de disponibilités, je me suis donné une intention: continuer cet entrainement bénéfique, trois fois semaine, et trouver au fond de moi la source de motivation nécessaire. Petite fierté de première semaine de défi.  Une semaine à la fois. Mantra.

Pour un lève-tôt comme moi, s’entraîner à l’aube c’est un peu comme tirer la langue au jour qui commence.  Je suis prêt à entreprendre la journée.  Après le spinning, la douche. Retour à la maison pour laisser la voiture à Marie, qui me dépose à la station de métro et je serai finalement au bureau vers 8h00… en pleine forme.

7h30, vendredi 18 mars.  Je marche en direction du métro et je pense à ce texte, à ce matin bien commencé, à cette période de travail avec des gens que j’apprécie beaucoup, à la retraite qui reprendra tout de suite après cette période temporaire… Et je ne peux empêcher ce petit sourire en coin de s’installer…

Quant à moi, je savoure encore un rythme où les choix personnels prennent davantage de place. J’avoue que j’apprécie beaucoup cette solitude imposée, parce que je sais que c’est temporaire.  Nous sommes ainsi faits, simples humains: nous souhaitons souvent la permanence des choses, tout en sachant très bien que, le plus souvent, chaque état n’est que temporaire.

Et si la machine du recensement me récupère aussi, on verra bien pour les ajustements d’horaire!

Yvan et Marie

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 13 mars 2016

Tempo

Nous roulons sur nos vélos de spinning depuis plusieurs minutes.  L’animatrice nous sent prêts et simule une longue et abrupte montée.  La première partie demande un effort moyen, avec une vitesse un peu élevée.  Nous sommes bien réchauffés, petit essoufflement, ça se passe bien.  Je me sens bien.  Je me sens pas si mal.  Après quelques années, j’ai fini par apprivoiser cette activité d’entrainement intense qu’est le spinning.

La musique s’intensifie, et, à chaque pulsion de la batterie, nous devons donner un coup de pédale, rejoignant ainsi le tempo.  Est-ce que les galériens, dans le temps, devaient payer pour pouvoir ramer?  Parce que nous, on paie notre abonnement annuel, pour pédaler en suivant le rythme!

Boum… boum… boum…

Pfou… pfou… pfou…

La pente imaginaire augmente, j’augmente aussi la résistance de mon vélo et monte, debout sur les pédales.  Dans cette position, le poids du corps me permet de pousser alternativement sur chaque pédale.  L’horloge murale me signale qu’il reste encore cinq bonnes minutes.  Je réussis encore à maintenir le rythme de la musique avec un peu de mal.  Les jambes sont plus lourdes, le rythme de la respiration plus rapide. Y a des adeptes qui ont tenté de me convaincre  qu’en position debout, bien droit sur le vélo, on peut relaxer un peu… Pffffff…  

Boum…  boum…  boum…

Pfou… pfou… pfou… pfou… pfou… pfou… pfou…

L’animatrice nous félicite pour l’effort déployé jusqu’à maintenant et nous donne la directive que nous ne souhaitions pas vraiment entendre: on augmente encore la résistance.  Tout en restant debout, je place la résistance du vélo afin que chaque coup de pédale soit à peine possible. Je me penche sur le guidon, permettant une poussée maximale de chaque jambe.  Je peux à peine suivre le tempo, devenu presqu’un mantra. Mon souffle très court se module de plus en plus difficilement sur la batterie. À ce moment de la montée, on a le réflexe de pencher la tête, de se recroqueviller sur soi-même; l’autre effort à faire alors est de lever la tête pour fixer un point au loin (non, pas l’horloge!). Et puis, on peut accepter de ralentir le rythme pour se rendre jusqu’à la fin…

Boum… boum… boum…

Pfou… pfou… pfou… pfou… pfou… pfou… pfou… pfou… pfou… pfou…

Plus que 30 secondes avant la fin.  Depuis toutes les années que je pratique ce type d’entraînement, j’ai maintenant une connaissance instinctive presque parfaite de cette durée de temps.  Le seul élément d’énergie qu’il me reste pour arriver au bout de la pièce musicale est l’orgueil.  Cette volonté un peu irréaliste de ne pas céder à la musique.  Je crie fort un « go, go, go », qui me donne une poussée dont j’avais grandement besoin.  Moi, non. Je ne crie pas. Au contraire, je fixe toujours ce point au loin et je m’isole. L’orgueil n’a pas de prise sur moi dans ces conditions. Il fut un temps, lors de mes débuts au spinning, où, je retournais très rapidement en position assise, épuisée, n’arrivant pas à comprendre où tous ces fous pouvaient bien prendre leur énergie, rendus là, pour pédaler encore et se mettre à crier… Maintenant, je pédale jusqu’à la fin. Mais je ne crie pas. Y a toujours ben des limites!

10 secondes. Je « vois » la fin de cette interminable montée.  Petite tentation de ralentir; il ne faudrait pas qu’il reste davantage que ces dix secondes.

La musique s’arrête, suivie tout de suite après d’une autre, au tempo beaucoup plus lent.  Je célèbre silencieusement, mais satisfait, avec une longue gorgée d’eau…

Boum…           boum…           boum

Glou… glou… glou…

Pffffffffffffffffffffffffffffffou…

La meilleure, cette gorgée d’eau. 

D’ailleurs, c’est la partie que je préfère, au spinning: les étirements de la fin, la douche et les effets bénéfiques des endorphines!

Yvan et Marie

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 6 mars 2016

Marie lira longtemps

Lire à voix haute a toujours été, pour nous deux, un grand plaisir.  Pendant plusieurs années, Marie a pu le savourer en faisant la lecture aux enfants de ses classes et aux enseignants qu’elle a formés.  Plus tard, elle et moi avons, à tour de rôle, initié nos enfants à la lecture grâce, entre autres, à la routine du coucher.  Je garderai toute ma vie le souvenir chéri de la lecture des Harry Potter.  Pas d’improvisation, je voulais être tellement bon que je lisais, la veille au soir, les passages que j’aurais à leur lire le lendemain.

L’un des objectifs de retraite de Marie était de devenir bénévole à Vues et Voix pour devenir lectrice.

Elle est donc devenue bénévole à Vues et Voix mais n’a pu tout de suite devenir lectrice. Pas de place!  Plusieurs personnes ont cet amour de la lecture à voix haute et souhaitent partager leur passion avec des gens qui ne peuvent plus lire.  Les bénévoles lecteurs restent souvent bénévoles jusqu’à ce que leur énergie pour charmer par la voix s’amoindrisse sérieusement, laissant ainsi peu de place pour la relève.

Un jour, il y a quelques mois, notre animatrice au poste de radio de Vues et Voix (Canal M), impressionnée par cette voix chaleureuse et vivante, est allée voir la responsable de la section lecture pour que Marie passe une audition.  J’aurais pu faire la même démarche mais mon biais évident aurait fait ombre à son talent.

Bien sûr, elle a réussi son audition.  On ne connaitra jamais son niveau de succès à ce test mais je me doute bien qu’elle a jeté les évaluateurs en bas de leur chaise.  Alors, depuis deux semaines, elle lit, et le livre qu’elle lit sera sur support numérique pour le plaisir de personnes « lisant » de cette façon.

Quant à moi, je suis son « moniteur ».  Je m’occupe de l’encadrement informatique de sa lecture.  Physiquement, elle est dans une cabine insonorisée avec casque d’écoute et  micro. Par la fenêtre devant elle, elle me voit, lui donnant le signal de départ, reprenant l’enregistrement au moment d’une erreur, spécifiant pour le logiciel  le début de chaque chapitre.  Mais surtout, je suis son premier auditeur.  Je pense même qu’elle ME lit son livre.

Cette version adaptée sera bientôt disponible par l’entremise de BAnQ, Bibliothèque et Archives Nationales du Québec, pour les personnes ayant des limitations physiques les empêchant de lire.  Plusieurs autres suivront, sans doute.  On peut donc supposer que, grâce à cette technologie,  cette merveilleuse voix racontera des histoires à de nombreuses personnes pendant de nombreuses années.

Ainsi, pour tous ces gens, Marie lira longtemps…

Yvan

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Des nouvelles du Pépère à vélo et de sa blonde/maîtresse – 28 février 2016

Limite de temps (2 de 2)

ou

le doux luxe de prendre un peu de temps, même pressés…

Une heure.

C’est le temps qu’on a devant nous tous les jeudis matins lorsqu’on quitte la maison pour nous rendre à Vues&Voix. Tous les jeudis, le plaisir de l’anticipation égale celui que l’on éprouve à répéter ces gestes et celui causé par les rencontres que ces matins ramènent.

Environ 30 minutes en voiture dans la circulation. Les interventions d’Yves Désautels à la radio guident notre trajet qui varie légèrement d’une semaine à l’autre, selon l’achalandage. Qu’importe l’itinéraire, la routine est la même: Je conduis en silence et je profite des feux rouges pour appliquer un peu de mascara méthodiquement ainsi qu’un peu de couleur pour enluminer joues et bouche. Il faut souvent quelques arrêts pour compléter la tâche délicate: les cils du haut et ceux du bas se courbent et s’épaississent en plus ou moins de feux, d’un jeudi à l’autre.

Environ 15 minutes pour trouver une place de stationnement sur Amherst, un peu au nord de René-Lévesque, et faire un arrêt ravitaillement au Pouding Café.  C’est toujours intéressant d’arriver dans un endroit où, même pour quelques instants, on se sent comme des habitués.  Tous les jeudis, Madame Pouding, la propriétaire, nous accueille avec sourire et gentillesse. Ce n’est pas son vrai nom, je l’ai rebaptisée; son prénom est Sylvie. Quelques minutes suffisent pour commander le petit café au lait décaféiné, le chocolat chaud, le muffin maison, pour s’informer mutuellement de l’humeur du jour, du petit bébé de sa fille à venir très bientôt et payer.

Environ 15 minutes pour ensuite arriver et s’installer dans les locaux de Vues&Voix, angle Amherst et René-Lévesque. Un salut cordial à Monsieur le gardien à l’entrée: toujours affable, souriant et courtois. Encore ici, grâce à lui, on se sent tout de suite un peu chez nous.  Hop, l’ascenseur jusqu’au 5e étage. La saison fera qu’on salira ou non le tapis du corridor et qu’on utilisera ou non le vestiaire des bénévoles à l’entrée. Un bref salut à Jean-Sébastien (comment va sa toute petite fille qui a souvent mal aux oreilles dernièrement ?) ou Mathieu (que j’appelle, avec décorum, Monsieur Mathieu), techniciens de la radio de Canal M, déjà au poste à la régie, et on s’installe pour réviser nos textes dans la salle de conférence.  Dans l’ordre ou le désordre, arrivent et nous saluent ensuite les collaborateurs du matin: Clothilde, l’animatrice avec qui nous passerons une heure en ondes – elle ne s’attarde pas, ayant mille choses à préparer avant le début de son émission à 9 heures (elle nous souhaite quand même,  un beau « bonjour le p`tit couple », avec son accent français enthousiaste) -, Jean-Richard, chef de production, toujours drôle, avenant et sympathique (on parle quelques instants, joyeusement, de tout et de rien) , et Christiane, recherchiste, qui prend le temps de s’asseoir chaque semaine pour prendre et donner des nouvelles (elle a manqué ce rendez-vous, un matin: on s’est inquiété, pour rien). Et quelques autres.

Une heure. Parfois un peu plus. Il y a, dans le travail autant que dans le temps que l’on donne par choix, cette part de plaisir qui s’explique par ce côté grégaire de l’humanité, ce que l’on construit au hasard des rencontres et qui devient routine et habitudes de vie réconfortantes.

Une heure. Parfois le temps est un ennemi. Parfois un allié.

Marie et Yvan

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